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Morocco
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Release 1.10
Economie créative / Creative Economy
Morocco
avril 2016
Economie créative : Panorama et potentiel / Creative Economy: Economic and Patrimonial Opportunities
Moroccan Ministry of Economy and Finance’s Department of Economic Studies and Financial Forecast
Synthèse
Le Maroc s’est embelli au fil des millénaires d’un patrimoine culturel riche et diversifié nourri d’une créativité dont la fécondité a été continuellement irriguée par la confluence des différentes sensibilités berbères, arabo-andalouses, musulmanes, hébraïques, africaines et euroméditerranéennes. Au-delà de l’écran normatif qui transcrit le périmètre de l’économie créative, le rôle de cette dernière est unanimement reconnu en termes de croissance durable, d’emploi, d’inclusion sociale et territoriale, d’échanges de biens, de services et de valeurs et de préservation du patrimoine. A titre d’exemple, les industries culturelles et créatives européennes représentent, en 2012, 4,2% du PIB et emploient 3,3% de la population active de l’Union Européenne. A un niveau plus global, les exportations mondiales des biens et services créatifs ont enregistré 537,2 milliards de dollars US ($) en 2012. Pour le cas propre du Maroc, les exportations marocaines des biens créatifs ont atteint 250 millions de $ en 2012 (+5,9% en moyenne annuelle depuis 2003) et sont destinées à l’Europe (87%), à l’Afrique (6%), à l’Amérique (3%) et à l’Asie (3%), contre 788 millions de $ d’importations (+9,5%), de l’Europe (63%), de l’Afrique (1%), de l’Amérique (2%) et de l’Asie (33%), soit un taux de couverture de 32% contre 48% pour tous les produits nationaux. 88% de ces exportations concernent la création/Design (dont 45% pour la décoration intérieure et 41% pour la mode) contre 57% pour les importations. Quant aux exportations marocaines des services créatifs, elles ont atteint 198 millions de $ en 2011 contre 48 millions de $ d’importations. Ces exportations concernent à hauteur de 81% les services relatifs à la publicité, études de marché et sondage d’opinion et 19% ceux liés aux services personnels, culturels et relatifs aux loisirs (notamment 16% pour les services audio-visuels et connexes) contre respectivement 37%, 63% et 59% pour les importations. Les exportations marocaines des services liés aux activités créatives ont atteint 378,5 millions de $ en 2011 (97% pour l’informatique et 3% pour l’information) contre 73,4 millions de $ d’importations (82% pour l’informatique et 18% pour l’information). Quant aux redevances et droits de licence, elles ont connu une baisse importante depuis 2003 (-25,3% en moyenne annuelle) pour atteindre 1,9 millions de $ en 2012 en termes d’exportation alors que leur importation s’est consolidée de 7,7% annuellement atteignant 56,2 millions de $ en 2012. Les établissements industriels marocains de l’économie créative réalisent 5% du chiffre d’affaires total et emploient 7% de l’emploi permanent total des industries de transformation. 95% de ces établissements sont concentrées dans les régions de Casablanca-Settat (65%), Tanger-Tétouan-Al Hoceima (12%), Rabat-Salé-Kénitra (9%) et Fès Meknès (9%). Les industries marocaines opérant dans la création/Design représentent 65% du chiffre d’affaires et 67% de l’emploi des industries créatives en 2013. Le nombre de salariés déclarés à la CNSS s’est consolidé de 10% pour les activités spécialisées, scientifiques et techniques, de 6% pour les arts, spectacles et activités récréatives et de 7% pour l’information et communication entre 2007 et 2014 (contre +5% pour le total des activités). Ainsi, ces trois activités comptent 6,4% de l’ensemble des salariés et 11% de la masse salariale totale déclarée. Cet écart est dû au niveau de rémunération élevé dans ces activités atteignant en 2014 respectivement 228, 231 et 246 dirhams par Homme/jour contre 214 en moyenne toutes activités confondues. Ainsi, l’économie créative joue-t-elle un rôle important en termes de croissance, d’emploi, d’inclusion territoriale, et d’échanges de biens et de services. Partant de ce constat, la promotion de ce secteur ne pourrait que contribuer au développement durable du Maroc et à perpétuer les valeurs et le patrimoine nationaux dans leur richesse et leur diversité et consolider le capital immatériel du pays.
Introduction
Au-delà de l’écran terminologique et normatif1 qui transcrit le périmètre de l’économie créative, le rôle de cette dernière est unanimement reconnu en termes de croissance durable, d’emploi, d’inclusion sociale et territoriale, d’échanges de biens, de services et de valeurs et de préservation des fondamentaux et du patrimoine de la nation. Partant de ce constat, cette étude s’attèle à décrire ce secteur en mettant à contribution un benchmark international et des données, tant nationales qu’internationales, en vue d’en dessiner les contours et d’en estimer le potentiel à promouvoir pour sauvegarder sa richesse et sa diversité et contribuer au rayonnement culturel du pays et sa contribution au dialogue des civilisations dans un monde qui en a tant besoin de nos jours.
1. Périmètre de l’économie creative
Graphe 1
Le périmètre de l’économie créative est perçu différemment selon les organismes (OMPI, UNESCO, CNUCED, …)2 . Pour des raisons pragmatiques, il sera question dans cette étude d’adopter la classification qui permettrait de croiser au mieux les différents systèmes d’information pour avoir la juste mesure de cette économie Il s’agira, en particulier, d’adopter l’approche de la CNUCED qui concorde, à plusieurs égards, avec les approches des autres organismes internationaux en faisant une distinction entre biens et services, d’un côté, et les périmètres directs et connexes aux activités créatives.
Tableau 1
Les services créatifs concernent :
Publicité, études de marché et sondage d'opinion
Services d'architecture, d'ingénierie et techniques
Recherche-développement
Services personnels, culturels et relatifs aux loisirs
¬ Services audio-visuels et connexes
¬ Autres services personnels, culturels et relatifs aux loisirs
Et ce, en plus des services liés à l’informatique et l’information, et aux redevances et droits de licence
2. Importance de l’économie créative pour le commerce extérieur
Les exportations mondiales3 des biens et services créatifs ont atteint 537,2 milliards de dollars US en 2012, en hausse de 8,7% en moyenne annuelle par rapport à 2003. Une baisse a, cependant, été enregistrée sur la période 2008-2012 (-4,6% seulement en moyenne annuelle) à cause de celle importante des exportations mondiales des services créatifs (-27,7% en moyenne annuelle en 2008-2012 +3,2% pour les biens). Ces dernières représentent 32% des exportations mondiales des biens et services créatifs
Tableau 2
Les exportations marocaines4 des biens créatifs ont atteint 250 millions de dollars US en 2012 (en hausse de 5,9% en moyenne annuelle par rapport à 2003), destinées à l’Europe (87%), à l’Afrique (6%), à l’Amérique (3%) et à l’Asie (3%), contre 788 millions de dollars US en termes d’importations (en hausse de 9,5% en moyenne annuelle par rapport à 20035 ), de l’Europe (63%), de l’Afrique (1%), de l’Amérique (2%) et de l’Asie (33%), soit un taux de couverture de 32% seulement contre 48% pour tous les produits nationaux. 88% des exportations marocaines6 des biens créatifs concernent la création/Design (notamment 45% pour la décoration intérieure et 41% pour la mode), destinées à l’Europe (52%), à l’Afrique (32%), à l’Asie (13%) et à l’Amérique (2%), contre 57% pour les importations, de l’Europe (61%), de l’Afrique (1%), de l’Asie (38%) et de l’Amérique (0%).
Graphe 4
Quant aux exportations marocaines7 des services créatifs, ils ont atteint 198 millions de dollars US en 2011 contre 48 millions de dollars US en termes d’importations, soit un taux de couverture de 413%. Les exportations marocaines8 des services créatifs concernent à hauteur de 81% les services relatifs à la publicité, études de marché et sondage d’opinion et 19% ceux liés aux services personnels, culturels et relatifs aux loisirs (notamment 16% pour les services audio-visuels et connexes) contre respectivement 37%, 63% et 59% pour les importations.
Graphe 6
Par ailleurs, les exportations marocaines9 des services liés aux activités créatives ont atteint 378,5 millions de dollars US en 2011 (97% pour l’informatique et 3% pour l’information) contre 73,4 millions de dollars US en termes d’importations (82% pour l’informatique et 18% pour l’information). Quant aux redevances et droits de licence, elles ont connu une baisse intensive depuis 2003 (-25,3% en moyenne annuelle) pour atteindre 1,9 millions de dollars US en 2012 en termes d’exportation alors que leur importation s’est consolidée de 7,7% annuellement pour atteindre 56,2 millions de dollars US en 2012
Graphe 7
3. Importance des industries créatives
Les industries culturelles et créatives représentent en 2012 4,2 % du PIB de l’Europe, avec 535,9 milliards d’euros de revenus, et emploient 7 millions de personnes, soit 3,3 % de la population active de l’Union Européenne étant, ainsi, le 3ème employeur derrière les secteurs de la construction et de la restauration10. En France11, les industries culturelles et créatives ont généré plus de 83 milliards d’euros de revenus et ont employé 1,3 million de personnes. Ces industries ont, par ailleurs, enregistré une croissance (+1,2%) plus importante que celle du PIB et de l’emploi global sur la période 2011-2013. Les établissements industriels marocains opérant dans les activités ayant trait à l’économie créative réalisent un chiffre d’affaires de 17,2 milliards de dirhams, soit 5% du chiffre d’affaires totale des industries de transformation. Le chiffre d’affaires des industries créatives s’est consolidé de 4,3% en moyenne annuelle depuis 2000, soit à une cadence inférieure à celle des industries de transformation globalement (+6,4%). Par ailleurs, les industries créatives emploient un effectif permanent de 38953 personnes, soit 7% de l’emploi permanent total des industries de transformation et ce, en baisse moyenne de 1% depuis 2000 contre +1,7% pour les industries de transformation globalement. 55% des établissements industriels marocains opérant dans les activités ayant trait à l’économie créative comptent plus de 10 emplois permanents contre 24% de ceux ayant moins de 5 emplois permanents.
Tableau 3
Les industries marocaines opérant dans les activités liées à la création/Design représentent 65% du chiffre d’affaires et 67% de l’emploi des industries créatives en 2013, soit des gains respectifs de 13 points et 4 points par rapport à 2000 et ce, suite à une croissance soutenue du chiffre d’affaires de 6,1% et une baisse moins importante que les autres activités en termes d’emploi (- 0,5%). Quant aux industries marocaines liées à l’édition/publication, elles réalisent 30% du chiffre d’affaires et 25% de l’emploi des industries créatives en 2013, soit une perte de 6 points et un gain de 1 point respectivement par rapport à 2000 et ce, suite à une croissance moins importante du chiffre d’affaires de (+2,9%) et une baisse moins importante que les autres activités en termes d’emploi (-0,8%)
Graphe 8
95% des établissements industriels marocains opérant dans les activités créatives sont concentrées dans les régions de Casablanca-Settat (65%), Tanger-Tétouan-Al Hoceima (12%), Rabat-Salé-Kénitra (9%) et Fès Meknès (9%)
Graphe 9
4. Dynamique du salariat dans activités créatives
Le nombre de salariés déclarés à la CNSS s’est consolidé dans trois des activités créatives de 10% pour les activités spécialisées, scientifiques et techniques, de 6% pour les arts, spectacles et activités récréatives et de 7% pour l’information et communication, soit à des niveaux supérieurs à celui du total des activités (+5%) en moyenne annuelle entre 2007 et 2014. Ainsi, ces trois activités comptent respectivement 115163, 9455 et 38325 salariés en 2014, soit un total relatif de 6,4% de l’ensemble des salariés toutes activités confondues consolidant 11% de la masse salariale déclarée. Cet écart est dû au niveau de rémunération élevé dans ces activités atteignant en 2014 respectivement 228, 231 et 246 dirhams par Homme/jour contre 214 en moyenne toutes activités confondues
Graphe 10
5. Zoom sur l’activité cinématographique
La fréquentation des salles a connu une baisse tendancielle (perte de près d’un million d’entrées entre 2009 et 2014) avec toutefois un maintien des recettes autour d’une moyenne de 70 millions de dirhams
Tableau 4
La production nationale concentre en 2014 29% des entrées et 24% des recettes pour seulement 16% de films projetés, soit le premier rendement par film (362365 dirhams/film) et ce, pour des prix plus abordables (une moyenne de 34 dirhams par entrée pour la production nationale contre 49 pour celle américaine et 41 pour la moyenne nationale). Ainsi, depuis 2009, la production nationale réalise la deuxième meilleure performance en termes de recettes (mis à part en 2010 en faveur de la production égyptienne).
Graphe 11
De même, la distribution des films DVD et VCD a connu une baisse importante pour atteindre 854156 unités contre en 2014 contre près de 5 millions d’unités en 2009
Tableau 5 + 6
En outre, la production étrangère a connu une hausse tendancielle marquée en 2014 par un budget investi historique de 1,17 milliards de dirhams (45% pour les longs métrages et 55% pour les séries TV) pour 38 productions. La production américaine concentre 51% du budget total investi en 2014 contre 26% pour celle anglaise et 11% pour celle française, soit une part totale de 87% pour ces trois nationalités. Par ailleurs, les deux premières productions concentrent respectivement 15% (un long métrage) et 13% (une série TV) du budget total investi.
Tableau 7
Au-delà des longs métrages et les séries TV, le nombre total d’autorisations de tournage accordées entre 2010 et 2014 tourne autour d’une moyenne annuelle de près de 1400 autorisations réparties à parts égales entre production nationale et étrangère
Graphe 12
6. Conclusion
Capitalisant sur un acquis patrimonial et culturel forgé au fil de son histoire millénaire, le Maroc a continuellement nourri son capital immatériel et a renforcé le socle inébranlable qui fédère ses citoyens autour de valeurs humaines et culturelles fondées sur une identité plurielle confiante en soi et ouverte à l’autre quelque soient les contingences et les aléas. Ce patrimoine est et devrait à juste titre être préservé, exploité d’une manière durable et enrichissante au service du développement durable du pays. Dans ce sens, l’économie créative et au-delà de l’écran normatif qui transcrit son périmètre, pourrait jouer un rôle fondamental en tant que source de croissance durable et d’emploi décent, vecteur d’inclusion sociale et territoriale et garant de la préservation du patrimoine ancestral. La consolidation des industries culturelles et créatives (estimé à 4,2 % du PIB et 3,3 % de la population active de l’Union Européenne en 2012) ne pourrait que contribuer efficacement au PIB national et à l’emploi. En effet, les établissements industriels marocains opérant dans les activités ayant trait à l’économie créative réalisent un chiffre d’affaires de 17,2 milliards de dirhams, soit 5% du chiffre d’affaires total des industries de transformation et emploient un effectif permanent de 38953 personnes, soit 7% de l’emploi permanent total des industries de transformation. Ces établissements sont localisés dans les régions de Casablanca-Settat (65%), Tanger-Tétouan-Al Hoceima (12%), Rabat-Salé-Kénitra (9%) et Fès Meknès (9%). Ainsi, l’économie créative joue un rôle important en termes de croissance, d’emploi, d’inclusion sociale et territoriale, d’échanges des biens, des services et de valeurs, et de préservation des fondamentaux et du patrimoine de notre pays. Partant de ce constat, la promotion de ce secteur ne pourrait que contribuer au développement durable du Maroc et à la pérennité des valeurs et du patrimoine nationaux dans leur richesse, leur diversité et leur ouverture au partage et à l’échange.
Annex 1
Economie créative / Creative Economy
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