Creative Tracks Series - Beyond the platform : Oumou Sy

Oumou, opératrice culturelle en Mauritanie et coordinatrice de ​Nouakchott Music Action, a bénéficié d’une bourse de voyage FRC/Creative Tracks pour se rendre au Maroc et renforcer la coopération.
Quel est votre parcours professionnel ?
Après une licence en économie j’ai choisi de travailler dans le secteur de la musique. Je suis moi-même musicienne et membre fondatrice du groupe Harmattan, dont je suis également chef d’orchestre et manager. Nous allons sortir notre premier album très prochainement. En parallèle, depuis 2013 je suis coordinatrice d’une association culturelle, Nouakchott Music Action, et du festival Cultures métisses.
Comment et pourquoi Nouakchott Music Action a été fondé ?
Nouakchott Music Action est une association créée le 20/10/2008, par des jeunes musiciens mauritaniens, connus sur la scène nationale et internationale. L’association a pour objectif de contribuer à la promotion de l’art et de la culture musicale au sein de la société mauritanienne. Après une année de formation nous organisons un festival avec les élèves pour leur donner de la visibilité.
Quel est le contexte artistique et culturel en Mauritanie ?
Les possibilités d’expression artistique font cruellement défaut en Mauritanie. Les jeunes qui s’intéressent de plus en plus à la musique pour en faire ultérieurement un métier sont nombreux aujourd’hui. Le problème fondamental est que l’Etat mauritanien ne reconnaît pas les musiciens. Par exemple, lorsque j’ai passé mon BAC je voulais étudier la musicologie, mais cette discipline n’existe pas dans le système éducatif mauritanien. J’ai voulu m’inscrire en France mais je n’ai pas été sélectionnée. J’ai donc intégré Nouakchott Music Action. Nous sommes dans un pays musulman donc l’Etat ne fait pas vraiment d’effort pour encourager l’art et la culture. Depuis sa création, l’association est hébergée par l’Institut français. Nos soutiens viennent plus de l’extérieur que de nos propres institutions.
Quelle a été la stratégie pour mettre en place Nouakchott Music Action ?
Pour répondre à ces défis nous menons les actions suivantes : des formations pour des musiciens mauritaniens déjà confirmés ; des formations à une meilleure maîtrise des nouvelles techniques musicales ; des formations pour des jeunes musiciens mauritaniens en quête d’expérience ; encourager la participation des musiciens mauritaniens lorsque des groupes musicaux étrangers sont de passage en Mauritanie ; la recherche d’un meilleurs croisement des genres musicaux traditionnels mauritaniens et modernes. Dans le cadre du festival « Culture métisse » nous faisons également des ateliers consacrés aux échanges culturels pour favoriser le vivre ensemble et les rencontres.
Nous allons mettre en place un festival annuel, « Cultures d’Afrique », consacré aux expressions traditionnelles et urbaines des cultures africaines. Cet événement sera un carrefour incontournable pour les professionnels du secteur et un tremplin pour les jeunes artistes mauritaniens.
Enfin, nous essayons de développer plusieurs axes en travaillant avec les OSC des jeunes de la banlieue mais sans l’appui du gouvernement cela s’avère souvent compliqué. Malgré l’absence de soutien étatique nous avons des sponsors et nous avons des fonds propres via les frais d’inscription des élèves, ce qui nous donne une indépendance.
Quels impacts au niveau des populations locales ?
La population locale considère que la musique est une contrainte pour la personne qui en fait. Elle ne comprend pas la passion du musicien. En Mauritanie, la culture, de manière générale, est mal vue. Nous voulons donc encourager une prise de conscience auprès des jeunes que nous accueillons dans l’association. Nous voulons leur faire comprendre que la musique est un métier comme un autre et que la culture est un levier du développement économique et social. Depuis sa création nous avons des artistes émergents qui jouent aujourd’hui avec des grands artistes. Avec le métissage des genres nous apportons notre contribution, prônons le rapprochement des peuples tout en consolidant le vivre ensemble et le faire ensemble, ce qui constitue un impact positif pour nous.
De quelle manière incluez-vous les échanges internationaux pour le développement de Nouakchott Music Action ?
Nous sommes dans une démarche de réseautage, notamment avec le réseau français Rock School. Nous avons une réelle envie d’échanger avec l’extérieur et en particulier avec le Maroc. L’institut français du Maroc nous a accordé une bourse de résidence de création musicale pour un des groupes. En parallèle l’institut d’Oujda soutient la venue du groupe Snitra en Mauritanie pour une résidence à l’occasion du festival « Culture métisse ». Ce genre d’activités nous permet de développer d’autres contacts et leur présenter ce que nous faisons.
Quelles sont les prochaines étapes du développement de votre projet ?
Nous sommes en train de mettre en place une résidence à Oujda au Maroc, en partenariat avec l’Institut d’Oujda. Nous avons commencé des échanges d’artistes. En février des artistes mauritaniens iront en résidence au Maroc, ils pourront créer un répertoire et jouer ensuite dans la région. C’est une étape très importante pour Nouakchott Music Action parce que cela renforce l’image des musiciens : ils deviennent capables de faire des tournées, de construire un réseau régional et international. Nous allons également sortir un album des élèves de l’école pour faire connaître leurs créations musicales.
Festivals, Music

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